SOLIDARITE GUYANE
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Compte-rendu synthétique de la Conférence de presse de la délégation guyanaise au Senat

dans le cadre du Grenelle de l'environnement

et de son entretien avec la Secrétaire d'Etat à l'Ecologie

le 23 octobre 2007 


 

La Délégation Guyane se dit satisfaite de l'échange avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET

Mais attend que le Gouvernement agisse concrètement et rapidement

 

La Varenne Saint Hilaire, le 24 octobre 2007 - Suite à la conférence de presse organisée au Sénat le 23 octobre au matin, la Délégation Guyane a été reçue le jour-même à 20H30 par Madame KOSCIUSKO-MORIZET et trois de ses conseillers - Jean-Michel LINOIS, Patrick VAUTERIN et Alexandra LORIN. Alors qu'elle avait simultanément une réunion de préparation du Grenelle avec Mr Borloo et malgré son agenda chargé, la Ministre a souhaité maintenir cette rencontre qui a duré vingt minutes avec elle et 1h15 avec ses collaborateurs. Jérémie DERAVIN de l'Association Coeur de Forêt a présenté les membres de la Délégation à la Ministre. Chacun a exposé les problèmes que rencontre la Guyane aujourd'hui et sur lesquels le Gouvernement doit agir rapidement.

 

Akaïwapwin APINA Amérindienne Wayana représentant le gran man Wayana Amaïpoti Twenké

Akaïwapwin APINA a décrit le cauchemar de son quotidien : elle a notamment mis le doigt sur le problème de la sécurité auquel les Wayanas sont confrontés. En effet, ces derniers jours des échanges de tirs ont eu lieu entre des indiens et des orpailleurs illégaux brésiliens à proximité village de Kayodé dans la partie sud sur Parc amazonien de Guyane. « Les indiens Wayanas sont obligés de faire la police eux-mêmes et de défendre leurs maisons contre le viol territorial perpétré par les orpailleurs ». Elle a rappelé à la Ministre que « ça n'est pas aux Amérindiens de faire la police sur le territoire français ». Elle a également évoqué le problème de l'absence de service public (accès à l'eau, l'électricité, aux soins..). « Les enseignants ont quitté le village suite aux coups de feu&, après 11 ans nous sommes obligés d'envoyer nos enfants à Maripasoula à trois heures de pirogues dans des familles d'accueil Bushinengué. Les Bushinengués ne sont pas de notre culture et nos enfants se sentent perdus et déracinés culturellement ». Akaïwapwin APINA a évoqué avec émotion des problèmes plus graves encore : « les jeunes se suicident, il n'ont plus d'espoir. Le rythme des suicides est de 1 par mois la situation est très grave et nous sommes venus vous voir pour demander de l'aide ».

Brigitte WYNGAARDE - Association Villages de Guyane

Brigitte WYNGAARDE a expliqué à la Ministre que plusieurs problématiques avaient cours sur le Parc Amazonien de Guyane : l'espace de vie des Amérindiens qui se situent en dehors de la « zone coeur » du Parc hautement réglementé n'est pas protégé contre l'orpaillage. De l'orpaillage a donc lieu sur un Parc supposé être un modèle de développement durable et qui - de par son statut - devrait être hautement protégé. «  Le Parc amazonien de Guyane est un contre-exemple de ce qu'il faut faire en matière de développement durable ... l'orpaillage n'a rien à faire sur un Parc national ». Par ailleurs a-t-elle dit à la Ministre, « l'avis des populations amérindiennes qui vivent sur le Parc n'a pas été pris en comptes lors de l'enquête publique... ces gens se sentent exclus et sous la menace des orpailleurs qui saccagent leurs espaces de vie et la biodiversité ».

Jean-Pierre HAVARD - Responsable de l'association Solidarité Guyane

Jean-Pierre HAVARD a expliqué à la Ministre la situation d'intoxication des populations Wayana au mercure. « Beaucoup trop d'enfants ont des taux de mercure jusqu'à 2 à 2.5 fois supérieurs au seuil maximum de l'OMS avec des séquelles irréversibles sur le système nerveux, sur le développement cérébral, sur la vision... La situation sanitaire est catastrophique. Nous avons à faire à un empoisonnement généralisé de la communauté Wayana et la situation s'aggrave dramatiquement, le niveau d'urgence est total ». Pour enrayer l'orpaillage illégal des propositions ont été faites.

Philippe MENARD Porte Parole des Verts-Guyane, Coordinateur du Collectif "Non au projet IamGold à Kaw"

Philippe MENARD - (représentant 33 organisations guyanaises)- a signifié à la Ministre que le projet IAMGOLD/CAMBIOR est une « horreur écologique » (reprenant en cela les propres termes de Mr Balland, inspecteur du ministère de l'Environnement) qui n'est pas en phase avec la volonté du Gouvernement de faire de la Guyane « un pôle d'excellence ». Il évoque la falsification des documents lors de l'enquête publique avec une étude d'impact tronquée et des cartes erronées. Il précise que les élus du Conseil Régional de Guyane ont voté à l'unanimité contre ce projet (avec remise de la motion à Mme la Ministre). Il fait aussi référence au désastre écologique perpétré par IAMGOLD au Mali.

Aloys LIGAULT - Association Sherpa 

Aloys LIGAULT a souligné que l'ensemble des problèmes soulevés trouvent leur origine dans le déficit de gouvernance de l'administration en Guyane. Il a expliqué que la diffusion de l'information environnementale fait défaut et ne permet pas à la société civile de jouer pleinement son rôle en Guyane. L'ébauche d'une discussion constructive s'est à ce propos engagé avec Monsieur Jean-Michel LINOIS Conseiller diplomatique de Madame KOSCIUSKO-MORIZET.

Jérémie DERAVIN, Association Coeur de Forêt

Jérémie DERAVIN a rappelé que la Guyane et en particulier la zone du marais de Kaw est un sanctuaire de biodiversité exceptionnelle « La biodiversité guyanaise recèle en effet un véritable trésor : 5500 espèces végétales, 700 espèces d'oiseaux, 177 espèces de mammifères, 430 espèces de poissons et 109 espèces d'amphibiens dont certaines en voie de disparition&ce serait un drame que le projet IAMGOLD/CAMBIOR soit maintenu&ce serait l'arrêt de mort de la nature et des populations forestières&phénomène qui a déjà pris une ampleur catastrophique et qu'il faut enrayer d'urgence  ».

Réactions du Ministre et de ses conseillers

La Ministre a manifesté la volonté de venir en Guyane prochainement pour prendre la mesure des problématiques locales et pouvoir par la suite engager un plan d'action adapté à la situation tout en précisant que toutes les doléances entendues (des Wayana et des populations autochtones) n'étaient pas de son ressort mais qu'elle s'en fera l'écho auprès des autres ministères. Une date devrait être communiquée aux membres de la délégation pour la réalisation de ce voyage ministériel. Après 20 minutes d'entretien, Madame KOSCIUSKO-MORIZET a été obligée de nous laisser aux mains de ses conseillers.

Comme lors de la conférence de presse, la Délégation Guyane à présenté ses demandes et a sommé le Gouvernement d'agir rapidement. Les conseillers de Madame KOSCIUSKO-MORIZET ont manifesté un vif intérêt pour ces demandes et ont assuré la Délégation Guyane de leur soutien - notamment pour engager un travail de fond inter-Ministères pour apporter la solution la plus adaptées aux problématiques énoncées.

 

 

Zone de Texte: Demandes de la Délégation Guyane lors de l’entrevue avec 
Madame KOSCIUSKO-MORIZET

1)	Engager une réflexion sur la reconnaissance des Peuples autochtones de Guyane (fixation d’un calendrier précis) afin d’accorder aux autorités coutumières un pouvoir décisionnel sur leurs cadres de vie. 

2)	Créer une Commune sur la zone du Parc amazonien de Guyane / Créer une représentation des citoyens amérindiens dans le cadre de la loi française
- Permettre aux amérindiens d’avoir un budget 
- Permettre aux amérindiens d’avoir un droit sur la gestion de leurs espaces de vie
- Permettre aux amérindiens d’avoir une représentativité au niveau des instances politiques
- Permettre aux amérindiens d’avoir les moyens d’agir sur leurs espaces de vie
- Permettre aux amérindiens d’avoir les ressources nécessaires pour décider de leur avenir
- Redonner aux amérindiens un espoir en l’avenir, le sentiment d’exister (existence administrative, existence juridique, accès aux soins élémentaux&)
- Enrayer l’extinction des populations traditionnelles amérindiennes (suicide collectif, ethnocide, désespérance&) 

3)	Prononcer l’arrêt définitif du projet CAMBIOR IAMGOLD + AUPLATA

4)	Eradiquer l’orpaillage illégal :  
a.	Mettre en place des accords transfrontaliers (Brésil, Surinam)
b.	Appliquer le code législatif existant (code minier & code de l’environnement)
c.	Démanteler les structures & réseaux d’approvisionnement en matériel des organisations mafieuses (mercure, matériel d’extraction..)
d.	Un contrôle réel des pratiques d’exploitation aurifère légales et de leur impact sur l’environnement (réglementation minière, installations classées pour la protection de l’environnement, loi sur l’eau)  

5)	Créer un groupe d’experts (intégrant des amérindiens, des associations investies localement, des juristes,  des élus, des services de l’Etat concernés) pour structurer et accompagner les revendications des communautés amérindiennes de Guyane 
a.	Mener une réflexion sur le statut juridique des populations autochtones
b.	Question foncière 
c.	Place de l’autochtonie dans le cadre de l’Institution publique ? 
d.	Education et formation (structures d’accès)
e.	Accessibilité au service public (délocalisation)
f.	Valorisation du patrimoine culturel amérindien (Instaurer une journée de l’autochtonie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi 23 octobre à 11h, une conférence de presse

forte en émotions et en demandes faites au Gouvernement

 

Le Sénat a accueilli le 23 octobre la Délégation amérindienne venue directement de Guyane pour porter au Gouvernement son cahier de doléances. Le public a manifesté un vif intérêt pour les problématiques soulevées puisque une cinquantaine de personnes et de journalistes avaient fait le déplacement.

Akaïwapwin APINA jeune Amérindienne Wayana

La conférence de presse a été marquée par une vive émotion ressentie par tout l'auditoire - particulièrement lors de la prise de parole (en Wayana) de Akaïwapwin APINA, jeune Amérindienne Wayana venue pour raconter le quotidien de cette ethnie qui subit de façon frontale et violente l'intrusion des orpailleurs illégaux du Brésil. Akaïwapwin APINA a dressé un tableau apocalyptique de la situation vécue par son Peuple : suicide en masse, naissance d'enfants malformés, intoxication lourde au mercure due à l'ingestion de poissons infectés (principale source de protéine des Amérindiens), drogue, alcoolisme et prostitution importées par le Brésil, absence d'accès au service public (eau, électricité, soins&).

Brigitte WYNGAARDE, Amérindienne Arawak et de l'Association Villages de Guyane a permis de comprendre les enjeux forts de la cause Amérindienne en Guyane : problème du foncier, de la non-représentation dans les Institutions, de la non reconnaissance des spécificités culturelles des peuples autochtones de Guyane, problème de la gouvernance française « qui prend les décisions d'en haut sans se soucier des réalités vécues par les habitants de la Guyane » argument qui prend toute son ampleur lorsqu'elle évoque le Parc amazonien de Guyane « qui ne correspond pas aux revendications des Amérindiens vivant sur le Parc ».

Jean-Pierre HAVARD, de l'association Solidarité Guyane, a dressé un tableau géopolitique de la zone du Haut-Maroni : Ethnies Amérindiennes présentes sur le territoire, existence de filières mafieuses qui contrôlent la production de l'or et les réseaux d'approvisionnement en matériel qui alimentent les orpailleurs illégaux, état des lieux sur l'intoxication de plus en plus prégnante des populations amérindiennes vivant aux abords des fleuves. Il a insisté sur l'urgence de venir en aide à ces populations qui se sentent « en situation de désespérance avec l'impression d'avoir été oubliés par la France ».

William BOURDON et Alois LIGAULT de l'association Sherpa ont interpellé le gouvernement français sur « l'écart entre la législation et les pratiques de terrain » notamment concernant le code minier et les pratiques d'extraction de l'or. Ils ont également pointé le problème de « manque de transparence des institutions lorsque les associations demandes des documents d'étude d'impact sur les projets miniers » révélant là aussi le gap existant entre le discours des exploitants et la mise en oeuvre concrète des engagements environnementaux.

Philippe MENARD, spécialiste du projet CAMBIOR / IAMGOLD a apporté un témoignage saisissant sur « l'Horreur écologique » que représente ce projet - terminologie employée par Pierre Balland inspecteur responsable de l'enquête publique sur le projet qui a récemment pris la parole sur le sujet sur RFO (interview complète de Mr Balland sur http://guyane.rfo.fr/article296.html). Voici un extrait de cette interview 

Que vous inspire le projet de mine d'or de la montagne de Kaw ?

« Pour moi, c'est toujours une horreur écologique. D'abord à cause du site : c'est un sanctuaire écologique. C'est le dernier endroit de Guyane où il faut avoir un projet minier. La montagne de Kaw est le premier relief du littoral guyanais qui arrête les vents océaniques, les alizés. C'est la forêt tropicale humide qui a échappé aux glaciations il y a des milliers d'années. »

 

En conclusion de la conférence de presse, Akaïwapwin APINA a pris la parole

 

« Si nous ne faisons rien aujourd'hui, dans 5 ans la Guyane offrira le visage suivant : l'ensemble des fleuves et des eco-systèmes aquatiques auront été pollués et détruit - et ce pour des décennies.

La biodiversité, la faune et la flore auront été saccagées sans que l'on ait eu le temps de les étudier (nous connaissons à peine 1% des plantes de la forêt...c'est comme si nous avions découvert un manuscrit contenant des secrets fondamentaux pour l'humanité et que nous le jetions au feu sans même l'avoir ouvert).

Nous aurons perdu l'intégralité des savoirs traditionnels et chamaniques, c'est-à-dire la globalité du patrimoine culturel des peuples autochtones de Guyane. Nous aurons réalisé un véritable ethnocide des cultures amérindiennes.

Et nous aurons commis ce crime irréparable contre l'humanité pour le seul intérêt de quelques multinationales / pour le seul intérêt des orpailleurs / pour le seul intérêt de quelques notables corrompus...

La France et l'Europe ont aujourd'hui les moyens d'éviter l'irréparable...

La France et l'Europe ont aujourd'hui les moyens de sauver le trésor de biodiversité que représentent la Guyane et sa culture ancestrale.

Nous sommes venus jusqu'à vous pour lancer un cri d'alerte. La France ne pourra pas dire qu'elle ne savait pas. »

 

Coeur de Forêt - Association pour le maintien de la Biodiversité

Contact Presse

Jérémie DERAVIN - Coeur de Forêt

01 55 97 42 10 / 06 13 02 25 64

jeremie@coeurdeforet.com

Depuis 2001, des premiers résultats obtenus :

30 000 arbres ont été plantés

3 filières de commerce équitable ont été créées

+ de 3 000 parrains ont adopté des arbres

+ de 20 entreprises ont adopté des arbres

Coeur de Forêt est partenaire de WWF

Coeur de Forêt fait partie de l'Alliance pour la Planète

 


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