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Observations et recueils de témoignages

du 29/10 au 04/11/2013 dans le Haut-Maroni

 

 

Depuis quelques mois il est constaté une recrudescence de l'activité d'orpaillage illégal dans le Haut-Maroni, au sein du Parc Amazonien de Guyane (tant en zone coeur de parc qu'en zone de libre adhésion).

De nombreux témoignages ont été recueillis afin de croiser les informations et de s'assurer de leur véracité, le tout complété par ma connaissance des lieux en général et de nombreux sites clandestins en particulier. Parmi ces témoignages figurent des habitants des villages Wayana et Teko, des agents du Parc et des intervenants sur les opérations Harpie.

Le périmètre faisant l'objet de ces constats s'étend d'une zone triangulaire allant de Bostok sur la rivière Tampoc (entre les villages d'Elahé et de Cayodé), en passant par Degrad Roche, au secteur aval de la Waki jusqu'à Vitalo (en amont de Grigel) et le secteur de la rivière du Petit Marouini (incluant les criques Lipo-Lipo et Hélène, situées entre le Tampoc et le Litani) s'étendant jusqu'au dessus de l'Ouléwali sur le Litani, partie amont du Maroni (des prospections sont en cours côté français par les clandestins en face de la crique Louey).

L'activité illégale des clandestins se décomposent en deux modes opératoires : orpaillage alluvionnaire et extraction primaire. Quelque soit le procédé, le mercure est utilisé pour amalgamer l'or.

Autant l'activité alluvionnaire est facilement identifiable au vu des dommages causés à l'environnement périphérique : déforestation, pollution des cours d'eau, déchets multiples..., autant l'extraction primaire est très difficilement repérable car elle consiste en la création de galerie souterraine pratiquée sous le couvert de la végétation (ne nécessitant donc pas de déforestation). Seule la remontée des filières d'approvisionnement permet de les localiser.

Ainsi il y a plus d'une trentaine de sites alluvionnaires dont plus d'une vingtaine officiellement identifiés et à peu près le même nombre de puits d'extractions primaires.

Afin de contourner les opérations Harpie les brésiliens ont adapté leurs modes de fonctionnement. Ils ont tissé un réseau impressionnant de pistes de quads à travers la forêt et utilisent de moins en moins les voies fluviales sur les zones intérieurs (sachant que sur les cours d'eau frontaliers (avec le Surinam) ils ont toute liberté de circuler) et afin de ne pas être pénalisé par le bas niveau des eaux en saison sèche. Ils approvisionnent les secteurs Bostok et Degrad Roche soit via l'Inini et une piste de quad parallèle au Tampoc (mise en place pour contourner l'ancienne présence d'un barrage de Gendarmerie sur le Tampoc), soit via une piste de quad partant du pied de saut Tampoc (en utilisant des complicités de la population locale pour le transport de carburant et de marchandises).

Ainsi sur le secteur du Haut-Maroni plus d'une trentaine de quads circulent d'un site à l'autre.

A Bostok plusieurs puits d'extraction primaire sont apparus il y a environ 2 mois. Il y en a aussi de plus en plus sur les différentes zones orpaillées antérieurement, notamment à Degrad Roche, crique Hélène (dont certains ont fait l'objet d'interventions des forces de l'ordre).

Les orpailleurs creusent des galeries jusqu'à 20 à 30m de profondeur et en plus de concasseurs ils utilisent même des souffleries pour assurer l'apport d'air dans les galeries.

A Grigel l'orpaillage alluvionnaire est aussi de retour à grande échelle jusqu'à Vitalo.

L'approvisionnement des sites à partir de Yao Pasi (village créé de toute pièce il y a quelques années par les clandestins en bordure du Maroni côté Surinam) se fait de plus en plus à dos d'homme pendant quelques kilomètres dans la forêt afin de laisser le moins possible de traces permettant de remonter à leurs sites ou jusqu'au pistes de quads. Ils évitent aussi de laisser des déchets permettant de les localiser. A cela il faut ajouter la présence de plus en plus nombreuse de sonnettes (veilleurs signalant l'arrivée des forces de l'ordre ou d'agents du Parc).

D'une part, il est assez étonnant qu'Albina 2 (village de clandestins et de magasins 'chinois' en face de Maripasoula sur la rive surinamaise) ne fassent pas l'objet d'une plus grande surveillance (à partir de la rive française) sachant que la plupart du transport de carburant et de fret transite par cette base arrière avant de remonter le Maroni pour approvisionner les clandestins.

D'autre part les orpailleurs sont confortés dans leur action par le sentiment d'impunité que leur offre la loi française. Lors des interventions des forces de l'ordre les illégaux les regardent détruire leur matériel (parfois avec un petit sourire narquois), ils savent que dès le lendemain ils recevront de nouvelles pompes ou concasseurs via le Surinam. Le pire qu'ils risquent est une reconduite à la frontière (avec un retour sur leur site très vite organisé).

Enfin il faut signaler que de plus en plus souvent les agents du Parc ou des amérindiens des villages près des sites sont menacés par les orpailleurs brésiliens. Régulièrement ils font l'objet de menaces de mort.

Une campagne de prélèvements, afin d'analyser le niveau d'imprégnation mercure des populations locales, a eu lieu dans le village de Cayodé (plus de la moitié concerne des enfants de moins de 10 ans dont le développement cérébral n'est pas terminé et qui sont les plus vulnérables aux désordres provoqués par le mercure). Les résultats sont attendus dans environ 2 mois.

 

Solidarité Guyane, le 06 novembre 2013

 

"Le chemin entre l'indifférence et le mépris n'est pas bien long, il est le même entre le mépris et le racisme"

 

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