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Réponse d'ASG au communiqué de l'ARS (Agence Régionale de Santé) Guyane du 16/01/2015

 

L'ARS a adressé un communiqué aux médias relatif à la prévention mercurielle des groupes à risques (Programme Régional de Santé Environnement PRSE 2 adopté le 20 juin 2012).

Solidarité Guyane a apporté, par les documents suivants, un complément d'information indispensable au communiqué de l'ARS :

- Une présentation synthétique de notre démarche,

- Le bilan de notre campagne de prélèvements de novembre 2014 (avec tableau synthétique par village),

- L'interview du chef de village de Cayodé réalisé le 05/11/2014 : https://www.youtube.com/watch?v=VEISpXhAvVk

 

Solidarité Guyane, tout en appréciant le fait que l'ARS prenne enfin en compte la problématique mercure auprès des femmes du Haut-Maroni et Haut-Oyapock, conteste les chiffres qui ont été rapportés et leur interprétation.

 

Sur les valeurs de référence utilisées

ARS : " 10 µg/g est la concentration au-delà de laquelle il peut exister un risque d'atteinte neurologique chez l'enfant (effets neurologiques infracliniques détectables par des tests fins, donc sans symptômes visibles). A partir de 20 µg/g, des troubles de la coordination détectables par des tests neurologiques sont susceptibles de se produire chez certains sujets. "

ASG : Le seuil de 10 µg/g de cheveu est une valeur de référence obsolète car il avait été déterminé par l'OMS il y a plus de 30 ans à une époque où les connaissances sur le mercure et les effets de sa toxicité étaient moins connus. La DHTP (Dose Hebdomadaire Tolérable Admissible Provisoire) édictée en 1978 par un comité d'experts de l'OMS et du JECFA (Joint Expert Committee on Food and Additives, instance de la FAO) était, pour un adulte, de 300 µg de mercure total, dont 200 µg de méthylmercure, en considérant un poids moyen de 60 kg, soit une valeur toxicologique de référence de 3,3 µg/kg. Cette limite ne prend donc pas en compte la plus grande vulnérabilité des enfants vis-à-vis de ce toxique, en particulier quant à ses effets sur le système nerveux en développement (source JATBA 1998). En 2003 le JECFA a divisé par 2 les valeurs toxicologiques de référence, soit 1,6 µg/kg de méthylmercure et 2,5 µg/g de mercure total chez les enfants et femmes en âge de procréer et 5 µg/g chez les autres adultes pour le mercure cheveux (source InVS_2011). Puis, pour des raisons économiques (lobby pêche pélagique !!!), l'OMS est revenu sur ces seuils en 2006 pour les adultes sauf pour les femmes enceintes et les enfants.

La valeur de référence proposée par l'agence française de sécurité des aliments (AFSSA 2009) pour les femmes enceintes est de 2,5 µg/g de mercure dans les cheveux. Cette concentration de mercure capillaire correspond aux apports alimentaires détaillés ci-dessous :

- DHTP (mercure total) = 2,5 µg/kg de poids corporel/semaine, ce qui correspond à 3,2 µg/g de mercure dans les cheveux

- DHTP (méthylmercure) = 1,6 µg/kg de poids corporel/semaine, ce qui correspond à 2,2 µg/g de mercure dans les cheveux.

 

Il est communément admis par la communauté scientifique que dès un niveau de mercure de 6µg/g de cheveu pour une femme enceinte, le fœtus court le risque d'altérations de son développement physique et mental. A partir d'un taux de 11µg chez la mère il est prouvé que 10% des enfants présenteront des altérations irréversibles de leur système nerveux et un potentiel individuel diminué (fonctions motrices et cognitives). L'enfant intoxiqué dans les mêmes proportions court les mêmes risques jusqu'à l'âge de 7 voire 10 ans (ainsi que la modification du rythme cardiaque et de la tension).

 

Sur l'imprégnation mercurielle des femmes

ARS : " Sur la totalité des femmes suivies dans le cadre du programme, 69% présentaient lors du premier prélèvement un taux d'imprégnation inférieur à 10 µg/g de cheveux, 21 % un taux d'imprégnation compris entre 10 et 20 µg/g et 10% un taux compris entre 20 et 50 µg/g. "

ASG : Ces chiffres, portant sur un peu plus de 300 personnes, prennent en compte les femmes en aval de Maripasoula alors que, comme indiqué dans le communiqué, aucune d'elles n'atteint un taux de 10µg. Le chiffre de 69% masque donc la réalité des femmes en amont de Maripasoula dont l'écrasante majorité se situe parmi les 21% au dessus de 10 µg et les 10% au-dessus de 20µg. Il est à noter que les 10% au-dessus de 20 µg est très alarmant et que les enfants de ces femmes ne pourront pas échapper à des séquelles.

 

Sur la méthode

ARS : " Les femmes respectant strictement les recommandations alimentaires diminuent leur imprégnation mercurielle jusqu'à 50% entre le premier et le second prélèvement ce qui les ramène généralement à une imprégnation sans danger pour l'enfant. "

ASG : Le chiffre de 50 % ne fait pas mention du temps écoulé entre le 1er et le second prélèvement. On sait que le cycle d'élimination du mercure est d'environ 90 jours. Cela sous-entend que la personne ne doit plus consommer de poisson intoxiqué sur la période et donc trouver des substituts protéiniques (le poisson non piscivore devient de plus en plus rare et les fruits pourront-ils suffire et lesquels ?) afin de ne pas mettre en danger le développement du fœtus.

 

Sur les recommandations

ARS : " Les recommandations pour se protéger du méthyl-mercure concernent en priorité les femmes enceintes, les femmes allaitant un enfant, les femmes souhaitant avoir des enfants et s'appliquent également pour l'alimentation des jeunes enfants (moins de sept ans) du fait des effets du méthylmercure sur le développement neurologique :

- La première recommandation est de consommer dans la mesure du possible au moins un fruit quotidiennement et si possible davantage (la consommation de fruits protège contre une forte bioaccumulation en méthylmercure),

- La seconde recommandation est d'éviter les poissons riches en méthyl-mercure. Il ne faut en consommer plus de deux fois par mois pour une femme enceinte et pas plus d'une fois par mois pour les enfants de moins de sept ans. "

ASG : Ces recommandations ne tiennent pas compte des habitudes culturelles des amérindiens et surtout de la réalité des ressources alimentaires. En raison d'un orpaillage intensif dans leur bassin de vie les populations locales n'ont malheureusement pas beaucoup d'alternatives au poisson (faute de gibier décimé par les orpailleurs). De surcroît, du fait de la pollution et de la présence de MES (matières en suspension) dans le milieu aquatique les poissons non carnivores se raréfient alors que les poissons piscivores les plus 'chargés' en mercure prolifèrent de plus en plus. Les recommandations préconisées sont donc pratiquement impossibles à appliquer dans les zones du Haut-Maroni (et probablement du Haut-Oyapock).

 

 

"Le chemin entre l'indifférence et le mépris n'est pas bien long, il est le même entre le mépris et le racisme"

 

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