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Le tourisme en pays indien : éclat, artifices, et misère annoncée

Association “ Villages de Guyane ”

(composée et dirigée par des chefs coutumiers des villages Amérindiens des différentes communautés)


En juillet, on entendait la presse et le monde politique, tous en chœur, présenter la nomination de Léon Bertrand au poste de secrétaire d’état au tourisme comme un atout pour la Guyane. Aujourd’hui le ministre dévoile la face cachée d’un mandat d‘apparence inoffensive.

Rappelons cela au préalable : l’arrêté préfectoral dit “ de 1970 ” a été abrogé. L’arrêté du 3 octobre 1977 quant à lui, ne se limite nullement au seul souci de préserver l’état sanitaire des populations amérindiennes, mais invite à “ respecter le mode de vie, les coutumes, l'organisation sociale et familiale, ainsi que le particularisme des populations indiennes ”. Précisons qu’en vertu de cet arrêté, l’accès au “ pays indien ” (sic) est réglementé et non pas interdit, comme il est souvent dit. Admettons ensemble qu’aucune liberté n’est jamais absolue, que la réglementation en vigueur au sud de la ligne reliant Waki à Camopi n’est rien d’autre qu’une exception rendue nécessaire par ce que l’état a reconnu comme relevant de l’intérêt public : la protection des Communautés traditionnelles de Guyane. Les détracteurs qui dénoncent depuis longtemps un arrêté “ illégal ” n’ont jamais osé se risquer dans une requête devant la justice administrative, qui pourrait bien leur donner tort : prudence !

La proposition d’ouvrir le sud de la Guyane est fautive sur la forme : la bonne démarche consiste à étudier le contexte afin d'élaborer un projet ; Léon Bertrand, lui, hasarde des idées avant d’étudier les problèmes. Après avoir aligné quinze ans de mandat de député, sans qu’aucun projet sérieux n’ait aboutit qui aurait amélioré les conditions de vie désastreuses des amérindiens du sud. Un projet pour le sud réclamerait un effort politique intense, soutenu et exclusif. L’initiative de Léon Bertrand est un coup politique et médiatique, certainement pas un projet.

La proposition d’ouvrir le sud de la Guyane est pernicieuse sur le fond : d’abord parce qu’elle orientera le développement des sociétés traditionnelles vers la satisfaction de besoins exogènes, au détriment de leurs aspirations propres. D’autre part parce que l'intrusion du tourisme profitera aux seuls tour-opérateurs, bien plus expérimentés dans la pratique du commerce et de l’ingénierie touristique, et qui auront pris soin de disposer quelques amérindiens en façade : ces derniers n’auront que les miettes. Enfin l’ouverture du sud servira les intérêts des orpailleurs, des clandestins et des affairistes qui se jetteront sur les meilleures opportunités. Dans ces territoires où les pouvoirs publics ont renoncé à l’ordre public (cf. l’excellent film de Philippe Laffais “ La loi de la jungle ”), la dérèglementation ne fera qu’augmenter le désordre et paupériser des sociétés amérindiennes fragilisées. La Guyane du sud deviendra-t-elle le Tiers monde guyanais ? Les sociétés communautaires de la Guyane du sud ne sont aucunement fermées à la rencontre, au dialogue et à l’échange. Mais la rencontre doit être mutuellement profitable, le dialogue doit être loyal et l’échange équitable. Nous avons déja dénoncé les pratiques administratives et les pressions politiques destinées à mettre fin à la vie communautaire sur la Guyane côtière. Il est évident qu’à la suite de l’ouverture du sud, les amérindiens auront bien du mal à résister à l’assimilation finale : européanisation, ou créolisation ?

Il nous importe de le rappeler : de tous temps, seuls les amérindiens ont légalement occupés et exploités ces territoires du sud. La question de la propriété foncière reste entière. Les promoteurs de l’avant projet pour l’avenir de la Guyane auraient du mal à nous contredire : ces espaces qui ont fait l’objet d’une confiscation – pour reprendre leurs propres termes – ne doivent-elles pas être retournés à leurs légitimes propriétaires ?

La solidarité de la Nation et de la société guyanaise à l’égard du monde communautaire doit être sincère et respectueuse. Les projets concernant le pays indien ne valent rien s’ils n’ont pas été initiés et légitimés par ces populations, dans le cadre de leurs institutions propres. Ils ne se dégageront qu’à l’issue de ce qui est sans doute la seule démarche raisonnable:

- statu quo dans le moyen terme et règlement spécifique de la question foncière ;

- traitement des urgences (sécurité, santé, éducation, conditions de vie) ;

- reconnaissance de l’organisation sociale spécifique des sociétés communautaires ;

- rattrapage dans les domaines où un retard est constaté (éducation, économie locale) ;

- réflexion concertée sur plusieurs projets de développement cohérent.


"Le chemin entre l'indifférence et le mépris n'est pas bien long,

il est le même entre le mépris et le racisme"

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